Lyrismes amoureux et désamoureux – Alain C.
.
Paysage féminin
Au paysage
de ton visage
Le ciel s’ouvre sur le bleu d’un regard
Par la plaine, à perdre haleine
Court le doux zéphyr de mes lèvres.
Sourire, le sourire de la rivière aux galets blancs
A la langue de sable toujours mouvant
Où je m’enfonce, où je me perds, où je me noie.
Mes mains se fraient un chemin
Dans les cheveux de la forêt aux dents de sabre
Où tu te retranches, louve aguerrie
Pour l’appétit de mon désir,
Ma faim de toi jamais assouvie.
.
Doux calin
.
Ô dormir et que dans un rêve,
sa main d’oiseau
se pose sur ma joue…!
Matinale
.
Soudain la lumière,
par les volets mi-clos, dans le matin fiévreux
caresse tes cheveux, la lumière
dessine sur ta peau des chemins vers le ciel
et d’un pinceau de maître recrée ton visage
Tu me souris et c’est pareil
à un bol de soleil
Soudain ta lumière
entre dans ma vie, réchauffe mon coeur
et je n’ai plus peur
.
A une muse
Dans l’œil incendié des soleils hurlants,
hurle ma louve, hurle ma louve
A l’ivresse des mondes qui se forment,
bois ma captive
Brise, brise le cercle
et brise la chaîne des mots
Viens à moi dans un brûlot d’images,
viens ma folle illuminée
Fais moi dieu sous le ciel où le glaive étincelle,
fais moi cracheur d’étoiles
et dans le poème obscur que hantent les morts
sois la lumière
A une passante
J’aurais pu inventer de vous aimer,
vous dont la beauté n’est point parfaite
et aimer cette imperfection
Mais votre pas vous éloigne étrangère,
heureuse, un peu, au bras d’un qui rêve
d’une autre Claudia Schiffer
.
.
Départ
.
Un voilier s’éloigne dans un souffle amoureux
Sur le quai où le pas hésite
la pierre est grise et les visages tristes
Les rêves sont enfouis
Sous un million d’années.
.
.
Vacuité
Dans des écrits sacrés
On traque le désir
Le voile a dérobé
Le regard amoureux
Et les jeunes mariés
Prisonniers des serments
Se sourient
Eternellement
Désirer c’est souffrir
Mais n’es-tu las de vivre
A trop relire un livre
Tel un pouls arrêté ?
.
Duels
.
Je pose la main sur ton sein
Et c’est une brûlure
Tes bras refermés sur mes reins
Je plie sous la torture
Tu m’envoies d’un doigt des baisers
Et ce sont des poignards
J’oppose un secours aiguisé
Aux feux de tes regards
En terre de pierre et chardons
Se dessèchent nos cœurs
L’amour laissé à l’abandon
Ne donne plus de fleurs
Il est des soirs où je m’endors
Dans des bras meurtriers
Et quand mes mains pressent ton corps
Est-ce pour t’étouffer ?
.
Terminator
Ce n’est pas toi cette bouche fermée,
baillon sur ta vie dans un linceul d’absence
Tu as aimé te baigner dans cette eau claire que rien ne ride
Aujoud’hui il n’est à boire des vins d’autrefois
que l’âcre dépôt laissé par le temps
et les joies passées grouillent dans les douves
Toi, ta vie , tu la veux multiple
Tu rêves de nouvelles vendanges,
d’amours libérées de l’étau des jours
et de la bienséance
Tu te veux, homme nouveau surgi hors du temps.
Et celui qu’on enterre se croyait toujours vivant !
.
.
Mortes amours
La trop caressée se lamente et demande
encor des baisers, encor du tendre
La trop caressée veut rester une amante
Le petit dernier est mort dans son berceau
On n’en parle pas: on l’a laissé là, dans l’oubli des rideaux
Les peurs et les remords dressent dans la chambre
de hauts murs de silence
Et l’amant se bat seul adossé à la nuit
qui creuse un puits dans sa tête
Mais ses mains attisent en vain le feu des étreintes
et son corps est une torche éteinte.
Peut-être elle
Peut-être elle sur cette ligne droite, comme un arc vers le ciel, elle
Peut-être elle, signe parmi les signes, biffure sur la mort,
entrant sous les acclamations dans la musique triste du poème,
à grands coups de syncopes, à grands coups d’apocopes,
bousculant les rythmes, les mots et les syllabes
comme un éclat sonore dans la monotonie du vers,
comme la métaphore somptueuse de la Beauté.
Peut-être elle sur cette page blanche
et qui s’en empare et qui l’envahit,
allitérant lettre après lettre le faste de la phrase
Elle à déclamer, a sublimer dans l’embrasement des mots
ELLE en majuscules et dont le nom sera tu
Elle pour cet amour à naître de ton inspiration autant que de sa présence
Elle à INVENTER
Peut-être elle
.
Orsay
Surprise en ce jardin,
à déjeuner sur l’herbe,
comme un fruit interdit,
insoumise, insoumise,
ta nudité défie
l’acuité des regards
.
Surprise au bras d’un autre
dans un bal en campagne
ou dansant à la ville,
infidèle, infidèle,
ta beauté encourage
l’acuité des regards
.
Parmi ces toiles peintes,
brossées à ton image,
tu vas sans liens ni maître,
libre, libre, si libre
Ta fierté exaspère
l’acuité des regards
.
Aux hommes que tu frôles,
aux hommes qui espèrent,
tu dévores leurs rêves,
éternelle, éternelle,
tu fends de tes yeux fauves
l’acuité des regards
.
.
Tour Montparnasse
Ce visage d’orage en paix à l’abri de ton sourire – toute souffrance dépassée
Ce visage en soleil sous des ruissellements de pluie – toute larme bue
Ce visage de force de vivre, de douceur inattendue
Ce visage qui est le tien
Ô toi qui a posé ton doigt sur la bouche du malheur
Qui arrêtes d’un geste le mouvement du monde
– et dans les rues la vie se fige,
le ciel mange les buildings, Paris disparaît enveloppé sous tes voiles -
Ce visage qui règne sans partage
Sur la tour, sur la ville, sur mon cœur, sur ma vie
Ce visage, je viendrai le prendre entre mes mains pour le poser sur moi
comme un masque d’or et d’argent, serti de ton amour, serti de tes baisers
Ce visage, sera aussi le mien
Les trois visages
Je connais de toi trois visages
L’un d’eux m’accueille en camarade
Pour une franche rigolade
Un autre est dur comme le marbre
Le troisième a ma préférence
Toute en douceur et en silences
En souriant tu me regardes
C’est reposant comme une eau calme
C’est le visage que tu gardes
Au plus profond de ta nature
Entre mes mains je le capture
C’est fugitif comme un oiseau
Soudain, fougueux le vent se lève
Tes yeux sont comme pris de fièvre
De ton visage l’eau jaillit
M’éclaboussant de vie, de rires
Dans un bruissement d’ailes roses
Le doux visage s’est enfui
Comme un oiseau que l’on effraie
Et qui s’envole au loin, au loin
Encore
Encore la rue de Montparnasse
et ta main que je serre
Encore la tour et le champagne dans les verres
Encore Renoir, encore Van Gogh, encore Monet
Encore la musique et le théâtre Italien
Encore la poésie
Et qui si ce n’est toi me dictera mes vers
Et qui si ce n’est moi viendra te faire le don d’un poème
Dans ce dialogue des âmes et des cœurs
où mes mots se métamorphosent
à boire à ta voix qui sait dire tant de choses
(et soudain la parole et l’écrit se rencontrent et se marient
et l’amour est plus beau plus fort par la magie du dire)
Encore la rue de Montparnasse
Encore cet hôtel, encore cette chambre, encore ce lit
Pour cette intime connaissance, cette parfaite harmonie
Encore ce voyage dans l’univers flamboyant de ton corps
Encore l’amour
Encore la vie, encore
Paroles
Je parle de l’eau du volcan, je parle du feu sur la mer, du fer rouge fumant dans la neige : c’est de toi que je parle
Je parle du soleil à minuit, des saisons remariées et du givre en été : c’est de toi que je parle.
Je parle du baiser de la mer à ma soif de sable,
de la bouche où boire dans un désert : c’est de toi que je parle
Et de toutes les sensations, de tous les sentiments
Je parle de l’éternelle femme, de celle qui séduit, celle qui s’abandonne et celle qui trahit : c’est de toi que je parle
De la main qui frappe et de la main qui se tend, du sourire en cadeau sur l’orgueil du visage : c’est de toi que je parle
De la joie de ton corps et du chagrin jeté sur ta vie comme un manteau de pluie
De ton rire éclaté dans un bain bouillonnant de larmes.
Je parle, je parle, je ne sais plus te dire en vers, j’essaie
De mettre bout à bout ces morceaux de toi
Et aucun ne s’adapte et tous ont leur envers
C’est en toi ce qui fascine et ce qui fait peur
Mais c’est assez, je ne veux plus
Torturer lentement ces mots
Qui jamais ton image n’enserrent:
Je ne parle plus, j’écoute
Ta voix d’âtre en hiver aux caresses de flamme
A guérir les blessures, à s’endormir en paix
Ta voix qui me parle.
.
Danseuse
Une fois encore il avait revêtu cette femme des habits de l‘amour. Elle allait et venait devant lui, subréelle, conforme à son rêve. C‘était l‘esquisse d‘une danse à chaque pas recommencée. Mais il ne savait rien de l’être empêtré dans ses chairs qui , derrière le miroir, en exacte symétrie, se débattait parmi les ombres.
.
Couchant
Soleil éteint
La mer a noyé dans l’eau d’un baiser
les feux derniers du désir
La vague retombe, achevée, parfaite
Ne plus jamais aimer
Dans le jardin d’automne on enterre les rêves,
les nuées se rassemblent pour un deuil,
un coeur doucement bat sous l’amas roux des feuilles
Ne plus jamais aimer
Le lit de la passion est un champ dévasté
et chacun fait sa couche sur le caillou des jours
La nuit, l’hiver, l’ennui
cognent à la porte tour à tour
Ne plus jamais aimer
.
.
Déclaration
Je t’aime pour cet autre univers
Pour ce retournement des mondes
Je t’aime la tête à l’envers
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime par la fenêtre ouverte
Je t’aime sur le trampoline de mes rêves
Pour s’évader, pour s’envoler
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime car je n’ai pas le choix
Je t’aime pour tout ce que je n’ai pas
Pour l’amour que tu me donnes
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime contre la peur
Je t’aime car la vie s’en va
Je t’aime ou je suis mort
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime pour cette femme
Qui passe dans la rue
Et ne sera jamais à moi
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime pour le désir
Je t’aime pour le jouir
Pour les corps qui explosent
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour te le dire
Pour le crier, pour l’écrire
Est-ce que je t’aime mal ?
Je t’aime pour toi
Je t’aime pour toi
Victoire du baiser
Victoire de ta bouche, un baiser sur mes lèvres, ouragan qui se creuse et jamais ne respire. Victoire !
Et ta langue vivante, mouvante dans ma bouche, ta langue amoureuse de ma langue et dure et farouche. Victoire !
C’est la mer qui s’en va, c’est la mer qui s’en vient dans la succion des sables sur les fonds marins. Victoire !
Et jamais ne respire, que jamais ne s’arrête ce baiser le plus long, plus profond, plus mouillé. Victoire ! Victoire